Publié le 06/10/2026
Choisir ses mots-clés quand Google répond à votre place
Moins 23 % de clics. Voilà ce qu'ont perdu les sites français les plus exposés aux AI Overviews, ces réponses rédigées par l'intelligence artificielle que Google affiche au-dessus des résultats classiques depuis le 22 juillet. L'étude publiée le 16 septembre par Ahrefs est la première à mesurer le phénomène en France. Elle mérite qu'on s'y arrête, parce qu'elle change une chose très concrète pour votre visibilité : la manière de choisir ses mots-clés.
Précisons-le tout de suite : vos clients n'ont pas arrêté de chercher. Ils tapent toujours le nom d'un métier et celui de leur ville, ils comparent toujours des devis. En revanche, certaines requêtes ne ramènent presque plus de visiteurs, parce que Google y répond désormais lui-même, sans clic. Autrement dit, tous les mots-clés ne se valent plus. Voici ce que dit l'étude, puis notre méthode pour adapter votre liste sans y passer vos soirées.
L'étude Ahrefs en quatre chiffres
D'abord, les faits. Ahrefs a suivi 963 sites parmi les 1 000 qui reçoivent le plus de clics en France, pendant les semaines qui ont précédé l'arrivée des réponses IA et les jours qui ont suivi. Quatre chiffres résument l'essentiel :
- −5,7 % de taux de clic en médiane, tous sites confondus, et −8,8 % de clics en volume.
- −23,1 % pour les sites les plus exposés, ceux dont une grande part des recherches déclenche une réponse IA.
- 82,2 % des sites fortement exposés ont perdu du taux de clic : presque personne n'y échappe.
- Un point d'exposition coûte environ un point de taux de clic : plus Google répond à votre place, moins on vous rend visite.
Les pages les plus touchées répondent à des questions d'information pure : une définition, une date, un « comment faire » qui tient en quelques lignes. Le secteur de la santé, champion de ce type de contenus, encaisse ainsi la plus forte baisse de l'étude. Pour les curieux, l'analyse complète d'Ahrefs est consultable en ligne, chiffres et méthode compris.
Ce que ces réponses IA changent pour un artisan ou une PME
Faut-il en conclure que le référencement naturel ne sert plus à rien ? Certainement pas. L'étude montre surtout que les clics se déplacent : ils quittent les questions générales pour se concentrer sur les recherches d'action. Par exemple, une personne qui tape « comment détartrer un chauffe-eau » lira peut-être la réponse de l'IA sans visiter aucun site. En revanche, celle qui cherche un chauffagiste disponible dans sa ville, un devis ou des photos de réalisations a toujours besoin d'un site — le vôtre, de préférence.
C'est aussi ce que nous constatons chez les commerçants que nous accompagnons : les requêtes précises, locales, proches de l'achat, continuent d'amener des demandes. Notre article sur le SEO pour commerçant défendait déjà cette approche ; l'arrivée des réponses IA ne fait que lui donner raison plus vite que prévu. Avant même de choisir ses mots-clés, il faut donc se demander ce que Google fera de chacun d'eux.
Choisir ses mots-clés : trois questions à se poser
Concrètement, comment choisir ses mots-clés dans ce nouveau paysage ? Avant d'ajouter une requête à votre liste, passez-la au filtre de ces trois questions.
- La réponse tient-elle en trois phrases ? Si oui, l'IA la donnera probablement elle-même, et le clic disparaîtra avec elle. Une requête n'a de valeur que si la vraie réponse, c'est vous : votre savoir-faire, vos photos, votre devis.
- La personne veut-elle agir, ou seulement savoir ? C'est toute la question de l'intention de recherche. « Durée de vie d'une chaudière » renseigne ; « remplacement chaudière + votre ville » prépare un achat. Visez d'abord la seconde famille.
- Un critère local entre-t-il en jeu ? Dès qu'une recherche implique un déplacement, un rendez-vous ou un chantier, Google continue d'afficher des entreprises, des avis et des itinéraires. Sur ce terrain, un indépendant bien établi garde l'avantage.
Ces trois filtres éliminent vite les expressions séduisantes sur le papier mais incapables d'amener un client jusqu'à votre porte.
Les requêtes qui valent encore le clic
Une fois ce tri fait, quatre familles de recherches ressortent gagnantes. D'abord, les recherches locales — un métier plus une ville —, celles que notre guide du référencement local vous aide déjà à travailler. Ensuite, les requêtes de projet : « prix », « devis », « rénovation », autant de mots qui annoncent une décision. Puis les recherches de confiance : avis, photos de réalisations, avant-après, tout ce qu'un texte généré ne remplace pas. Enfin, votre propre nom. Plus votre marque est reconnaissable — nom, logo, réputation —, plus les gens vous cherchent directement, et ces visites-là ne dépendent d'aucune réponse IA.
Ahrefs tire d'ailleurs la même conclusion : les requêtes qui résistent le mieux sont celles qui exigent un outil, un compte, une transaction ou un avis humain. Encore faut-il que la visite se transforme en demande une fois le clic obtenu — c'est le rôle d'un site bien conçu, avec une page par prestation et un moyen de contact visible.
Choisir ses mots-clés, c'est aussi savoir en rayer
Bien choisir ses mots-clés, désormais, c'est également accepter d'en abandonner. Les définitions générales, les « qu'est-ce que » et autres questions encyclopédiques deviennent des investissements à fonds perdus pour une petite structure : l'IA de Google s'en charge, gratuitement et instantanément. Gardez ces sujets uniquement s'ils nourrissent votre crédibilité, pas pour le trafic qu'ils rapporteraient.
Gardons aussi la tête froide. Cette étude photographie les tout premiers jours du déploiement, sur les plus gros sites français ; un site d'artisan, peu positionné sur des questions encyclopédiques, est bien moins exposé que ce panel. C'est pourquoi la bonne attitude consiste à mesurer chez vous plutôt qu'à supposer : la Search Console liste les recherches qui vous affichent, et quelques chiffres par mois suffisent, comme nous l'expliquions à propos de Google Analytics pour débutant. La recherche de mots-clés reste un travail de fond ; elle demande simplement un critère de plus qu'avant.
Par où commencer cette semaine
Pas besoin d'un chantier de trois mois pour prendre le virage. Commencez par lister les dix requêtes sur lesquelles vous aimeriez apparaître, sans réfléchir. Ensuite, passez chacune au filtre des trois questions ci-dessus : il en restera sans doute cinq ou six, plus locales et plus proches du devis que votre liste de départ. Enfin, donnez à chaque requête retenue une page qui la mérite, puis laissez quelques semaines au moteur pour réagir. Et si l'une d'elles reste hors de portée en naturel, la publicité en ligne permet d'y figurer pendant que votre référencement progresse.
Envie d'un raccourci ? Envoyez-nous trois mots-clés sur lesquels vous aimeriez sortir en premier : on vous dit lesquels valent encore le clic, et quoi viser à la place des autres.